Posté par Raquel Garrido le 02/04/2014 dans A la Une, Actus | 0 commentaires
Derrière le théâtre d'ombre du remaniement, il y a les grandes réalités politiques. Celles qui structurent l'Histoire par-delà le storytelling et les jeux de communication.
Certes, le choix de Manuel Valls pour remplacer Jean-Marc Ayrault à la tête du gouvernement est grave à plus d'un titre. Il montre d'abord que François Hollande fait le choix de l'opinion publique frelatée par les commentateurs médiatiques, suivant nez au vent l'alchimie spécieuse de l'industrie sondagière, plutôt que celui de la démocratie politique. Ensuite, que François Hollande ne tire aucune leçon des élections municipales désastreuses pour le PS qui viennent d'avoir lieu, lesquelles ont démontré que le sectarisme droitier du PS n'était pas populaire dans les urnes : les reniements idéologiques massifs de l'exécutif ont en effet entraîné l'abstention qui a fait prospérer les forces de droite, alors que de nouvelles majorités écosocialistes résolument ancrées à gauche émergent brillamment, comme à Grenoble. Or plutôt que de rassembler à gauche, Hollande donne une promotion ministérielle d'ampleur au plus grand diviseur commun de notre camp : Manuel Valls. Exemple ? La distance salutaire prise par les écologistes du fait de cette nomination fragilise considérablement la majorité socialiste à l'Assemblée. Mais une opposition de gauche sérieuse et conquérante est prête à prendre le relais, avec le Front de gauche et les écologistes. Enfin ce choix de premier ministre démontre que le Président de la République fait bien peu de cas de l'idéal républicain : Manuel Valls n'a jusqu’à maintenant fait que persécuter les minorités précaires, flirtant bien souvent avec la xénophobie. N'est-il pas d'ailleurs franchement inquiétant que de voir nommé à la tête d'un « gouvernement de combat » le grand héraut de la chasse aux Roms ?
Mais dans la situation actuelle, toutes ces diversions de casting apparaissent bien vaines. Le problème n'est pas celui des visages, mais des politiques. Et tout indique que ce gouvernement du prince conduira encore et toujours, quitte à les durcir, les politiques d'austérité coordonnées par l'Union européenne. Nous sommes d'ores et déjà sur la voie de l'Espagne et de la Grèce. Le chômage ne cesse d'augmenter, les conditions de vie du plus grand nombre se dégradent. Et rien ne change, malgré les élections.
Mardi, alors qu'un premier ministre en remplaçait un autre, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a encore une fois pressé la France d'agir pour stabiliser la dépense publique, c'est-à-dire endiguer la redistribution des ressources collectives vers le peuple, les plus pauvres en premier lieu. Las, l'Insee a annoncé lundi que le pays avait enregistré un déficit public de 4,3 % du PIB en 2013 (le gouvernement sortant avait misé sur 4,1). Autant dire que l'engagement inique de revenir en 2015 à 2,8 %, sous la barre des 3 % exigée par les traités européens scélérats (la fameuse règle d'or), signés par Sarkozy, ratifiés par Hollande, s'éloigne à grands pas. Comme toujours, les sacrifices demandés au peuple pour grossir la rente seront consentis pour rien. L'austérité et la politique de l'offre assèchent la demande, ce qui contracte l'activité, ce qui réduit les rentrées fiscales… Et pendant ce temps les détenteurs des moyens de production s'enrichissent à bon compte, sur les souffrances quotidiennes des gens.
Olli Rehn a d'ailleurs opportunément rappelé que la France avait déjà par deux fois bénéficié de délais supplémentaires, laissant planer la menace de sanctions financières. Et de mettre la pression : "J'ai hâte de recevoir le programme de stabilité de la France dans les prochaines semaines", a déclaré M. Rehn, ajoutant qu'il était à ses yeux "essentiel que la France agisse de manière décisive pour assurer la soutenabilité de ses finances publiques à long terme et pour résoudre les entraves bien connues à la compétitivité et à la croissance". En langage diplomatique, c'est une injonction à serrer un peu plus la vis de la rigueur.
Quelle est la légitimité démocratique d'Olli Rehn ? Faible, pour ne pas dire inexistante. Il n'est plus possible de se faire tordre ainsi le bras par des oligarques lointains, les forces vives de ce pays doivent réagir.
La campagne européenne qui s'ouvre est donc cruciale. Candidate, je porterai avec mes camarades le grand combat de la désobéissance européenne, pour renouer avec la souveraineté populaire et le partage des richesses, aujourd'hui plus que jamais nécessaires à la sauvegarde de l'écosystème humain.
Raquel Garrido sur Valls, les Verts et la 6è… par lepartidegauche