[Tribune] Démocratie d’apparat!

Posté par le 21/06/2013 dans A la Une, Actus, Médias | 3 commentaires

           Depuis son dernier Congrès, le Parti de Gauche a crée, au sein de son Secrétariat National, une fonction (que j'occupe) dédiée au combat pour la Constituante et la 6ème République. C'est une excellente nouvelle qui montre le degré de priorité que le PG accorde à cette revendication. Comme pour les autres thématiques, nous avons mis en place une Commission Nationale du parti chargée d'animer les travaux. Je remercie Charlotte Girard et Clément Sénéchal d'avoir accepté de co-présider cette commission. Parmi les tâches qui nous incombent, il y a celle d'irriguer la société avec des arguments en faveur de cette importante cause. Après la Grande Marche citoyenne du 5 mai, après les répliques des 1er et 2 juin, le besoin se fait sentir de donner plus d'arguments, de les organiser, de les systématiser. C'est dans ce contexte que Charlotte, Clément et moi-même avons rédigé la suivante tribune. Elle a été publiée dans Mediapart le 17 juin 2013. N'hésitez pas à la faire circuler!            

 

L’esprit de la République s’est perdu. Forgé par les Lumières, affermi par les partisans de l’égalité, brandi par les Révolutions, il n’est aujourd’hui que le masque froid, duplice et pathétique du président de la Ve République. Césarisme, bonapartisme, présidentialisme… les variations sont nombreuses pour nommer l’essence monarchique d’un régime où le pouvoir exécutif est concentré dans les mains d’un seul homme. La mystique fallacieuse de l’homme providentiel, du père de la nation, des grands hommes dans l’Histoire ne doit plus faire illusion : le paternalisme de la Ve République française génère une infantilisation croissante de la cité doublée d’une dépossession politique des citoyens.

Une fois élu, au terme d’une campagne tronquée par la présélection sondagière et médiatique, le candidat officiel transfiguré par les ors vénérables de la République n’est plus responsable devant personne. Il nomme le Premier ministre et les membres du gouvernement et décide de leur sort. Il choisit le président du Conseil constitutionnel ainsi que ceux de nombreuses autres institutions, de l’Opéra de Paris à France Télévision : autant de sémillants commis qui forment sa cour personnelle. Il dicte les projets de loi. Il peut à sa guise dissoudre l’Assemblée, seule instance de la représentation nationale également désignée directement par le suffrage universel. L’article 5 de la Constitution dispose qu’il assure « le fonctionnement des pouvoirs publics et la continuité de l’État ». L’article 16 lui octroie les « pleins pouvoirs » en cas de crise. Il n’est cependant pas responsable devant le Parlement, qui ne peut le mettre en cause. Il n’est pas responsable non plus devant la Justice, du fait de l’immunité pénale et civile dont il jouit. Il n’est enfin pas responsable devant le peuple, qui n’a plus aucune prise sur lui hors des élections présidentielles et seulement en cas de renouvellement de son mandat.

Le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral ayant subordonné le sort de la majorité parlementaire à celui du président de la République, le Parlement a abdiqué dans la pratique les dernières prérogatives qui lui restaient. Il n’a plus les moyens de faire les lois, dont 90% environ émanent aujourd’hui de l’exécutif. Son droit d’amendement ? Il confine au simulacre. Quant à l’ordre du jour des assemblées, il demeure malgré la réforme de 2008 largement corseté par les choix d’un gouvernement qu’il ne contrôle ni même n’influence. L’affaiblissement dramatique du pouvoir législatif, accéléré par les transferts de souveraineté concédés aux instances européennes, explique ainsi la désertion chronique dont souffre notre hémicycle –certes largement aggravée par le cumul des mandats. Cette concentration délirante du pouvoir au « sommet de l’État » se traduit par deux phénomènes tragiques pour la continuité démocratique du pays.

Le premier : l’inconstance et l’inconséquence. A quoi bon en effet les propositions de campagne, quand, parvenu au pouvoir, il est si facile de gouverner sans la volonté populaire ? A quoi bon étudier les programmes politiques et confronter des idées, quand la fonction présidentielle exonère son titulaire de ses engagements ? A quoi bon respecter l’intérêt général, puisqu’il n’a pas les moyens de s’exprimer ?

Dans la Ve République, un bulletin de vote équivaut à un chèque en blanc. D’où la confondante parenté des politiques menées malgré l’alternance. Et les désillusions qui s’accumulent en conséquence dans la société. Qui pourrait distinguer aujourd’hui la politique économique menée par Hollande de celle jadis mise en œuvre par Sarkozy ? L’une comme l’autre appartiennent au logiciel néolibéral. Qu’il suffise de rappeler qu’Hollande a adopté le traité européen (TSCG) paraphé par Sarkozy, malgré sa promesse de renégociation –alors que la souveraineté du peuple était pourtant directement mise en cause par ce texte. Qu’il suffise de rappeler qu’en 2007, le candidat Sarkozy avait promis de ne pas toucher au régime des retraites : il ne se gênera pourtant pas pour lui porter de funestes coups de boutoir une fois élu, malgré l’opposition massive de la rue. Rebelote cinq ans plus tard avec François Hollande, qui s’apprête à détricoter un peu plus le régime par répartition pour complaire aux ordres de la Commission européenne que personne n’a élue. Les promesses du candidat Hollande n’ont servi qu’à s’assurer les voix de ceux qui avaient combattu Sarkozy pour la défense de la retraite à 60 ans. Qu’il suffise enfin de rappeler que le candidat Hollande avait promis de préserver Florange. Comme le candidat Sarkozy avait promis de sauver Gandrange. Mais le mensonge n’atteint jamais le président de la Ve République. Quand l’un de ses ministres abuse la nation, les yeux dans les yeux, en bloc comme en détail, lui n’en est guère affecté. A peine concède-t-il une ou deux conférences de presse. A des degrés divers, cette irresponsabilité tend à irriguer tout le personnel politique, conglutiné en oligarchie.

Quand les reniements se mêlent au mensonge, emblème d’un régime à la fois autoritaire et tristement baroque, comment s’étonner du discrédit dont souffre la parole politique ? On en vient ainsi au second phénomène : l’abstention grandissante à tous les scrutins, signe d’une dérive inexorable vers l’inexistence civique d’un nombre toujours grandissant de personnes, à commencer par les ouvriers. Depuis 1995, l’abstention au second tour de l’élection présidentielle oscille autour de 20% du corps électoral. Quant à l’abstention aux élections législatives, poumons de la démocratie représentative, elle progresse régulièrement depuis 1993 pour se porter en 2012 au chiffre inouï de 42,8% (!). Sans parler des élections européennes, où l’abstention a culminé en 2009 à 59,37% ! Pour sa part, le vote blanc –hélas considéré comme nul par nos institutions– atteignait 6% du corps électoral lors du second tour de la présidentielle en 2012, soit plus de 2 millions de personnes. Un record. La Ve République ne parvient plus ni à capter l’expression politique de la majorité des citoyens, ni à stimuler l’engagement du peuple dans les affaires de la cité. Les premières victimes sont les ouvriers, désormais 70% à s’abstenir de voter. Démocratie d’apparat.

Il est urgent de changer de régime, de retrouver une République compatible avec l’expression régulière de la volonté générale. Pour cela, il convient d’abord de restaurer de la responsabilité politique, sans quoi n’importe quel édifice humain se trouve sans fondement. Nous proposons à cet effet la possibilité pour les citoyens de convoquer un référendum révocatoire à tous les niveaux du système politique représentatif. Déjà inscrite dans de nombreuses Constitutions, cette disposition permet aux électeurs, après demande par pétition d’un nombre significatif d’entre eux, de soumettre la révocation de leurs élus à référendum. Cette possibilité pourrait être ouverte au plus tard à partir de la mi-mandat. Elle permettrait aux citoyens de rester impliqués dans la vie politique, et de garder un moyen de contrôle sur le pouvoir qu’ils ont délégué. Elle inciterait par ailleurs les élus à faire campagne à partir de programmes et d’objectifs politiques clairs, et de s’y tenir malgré les diverses pressions extra-démocratiques, notamment financières, qui s’exercent sur leur mandat. La volonté générale, formée par l’expression plurielle et contradictoire du peuple, serait ainsi remise au centre du jeu politique.

Afin qu’advienne ce ressaisissement politique, nous appelons de nos vœux la convocation à l’élection d’une Assemblée constituante, seule légitime alors pour écrire aujourd’hui une nouvelle Constitution et jeter les bases d’une VIe République, que nous souhaitons démocratique, écologique et sociale.

 

Raquel Garrido, secrétaire nationale du Parti de gauche (PG) au combat pour la Constituante et la VIe République

Charlotte Girard et Clément Sénéchal, coprésidents de la comission nationale du PG pour la Constituante et la VIe République

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3 commentaires

  1. Bonjour Raquel voici ce que j'ai ecrit sur le blog de La Rénovitude. Bonjour camarades vous qui êtes des bloggeurs confirmés et qui utilisez le numérique pour faire passer les idées de gauche vous voulez réellement de la rénovitude et bien je vous propose d’inventer ensemble la Première Republique  Universelle en utilisant les nouvelles technologies liées au numérique. De la première à la cinquième république le couple support/message utilisé pour édifier les différentes constitutions étaient l’écriture et l’imprimerie mais dés lors que nous changeons ce couple en passant au tout numérique nous changeons tout. C’est en recommencant par la Première République Universelle que nous allons donner un nouveau départ à nos démocraties. Comment réaliser ce nouveau grand dessein voici la réponse. https://m.facebook.com/?_rdr#!/groups/392453550828364?ref=bookmark&__user=1168179442. - See more at: http://renovitude.net/?p=6660#sthash.NuBdZun1.dpuf

  2. Bonjour,
    j'avoue de pas comprendre le sens de la proposition de "référendum révocatoire" brandie par certains au PG depuis quelques mois. Et ce n'est pas faute d'avoir demandé des explications à de nombreux militants PG qui ont tous été dans l'incapacité de répondre.

    En effet il me semble que la proposition du "référendum révocatoire" est inapplicable à moins de renoncer à mettre en place le scrutin proportionnel. En effet, comment révoquer un député, ou même un groupe politique, s'il a été élu à la proportionnelle ? J'attends toujours une explication concrète.
    Les pays qui appliquent le référendum révocatoire sont des pays dont le système politique repose sur une grande personnalisation du pouvoir voire un système présidentiel voire présidentialiste (Etats américains, Venezuela, et j'en passe). Cela va aussi de pair avec un scrutin uninominal à tous les niveaux…
    Est-ce donc cela que défend le Parti de Gauche ?
    Dans l'attente de votre réponse…
     
    Martin

     

  3.  

    @ Raquel Garrido et aux membres de la commission pour la constituante et la sixième république, votre analyse et bonne et je suis entièrement d'accord avec celle-ci, mais que proposez-vous pour faire changer les choses rapidement et catégoriquement ? Certes, vous émettez des vœux pieux avec le référendum révocatoire, mais ceci n'est qu'un vœu que seul le Président actuel peut réaliser, surtout n'espérez pas un seul instant de plus !… Certes, vous demandez la convocation d'une constituante, même remarque … Alors que proposez-vous ? Hormis créer des espoirs vains ; votre commission est et restera un endroit de convivialité et de camaraderie sans nul doute, mais ne sera que cela, je le crains fort, comme toutes les commissions qui ne servent qu'à justifier l'injustifiable, l'attentisme !…

    @ Martin,

    Je vous souhaite d'obtenir d'autres réponses que la mienne qui n'a rien de constitutionnel, mais sachez que j'en doute.

    Il y a deux élections différentes, l'élection présidentielle consistant à élire une personne, cette personne devrait être révocable, ensuite les élections législatives qui elles devraient être à la proportionnelle intégrale, et de ce fait, l'élu(e) ne peut être révocable par référendum, par contre la révocabilité nominative dans le cas de parlementaires est possible par vote du le corps électoral qui a procédé à l'élection antérieure (équivalent à une partielle) ; il en va de même pour le sénat qui à terme doit devenir une chambre représentative du peuple (constitution de la 6è république).

     

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